Retourner sur le site
sommaire

> L'art Roman

Qu'est ce qu'une église Romane ?
Introduction au monde Roman

 

Les églises romanes ne sont pas de belles pierres assemblées dans le but de flatter l'esthétisme. Ce sont des édifice conçus avant tout pour être fonctionnels. Il est indispensable de bien saisir la fonction qui leur est assignée.

Cette fonction n'est pas simplement d'abriter un culte rendu à Dieu. Elle est encore moins, quoi qu'en dise certain, de constituer des encyclopédies didactiques de symboles plus ou moins ésotériques renvoyant à une vérité cachée située ailleurs et au-delà du monde du matériel : une église n'est pas un temple maçonnique ou platonicien.

Une église romane est elle-même le lieu sacré et l'espace sacramentel où le peuple des baptisés participe, dans son corps et dans son esprit, aux mystères divin. Cette participation s'appelle la liturgie c'est à dire l'œuvre commune.


1. La fonction de l'église est essentiellement liturgique

1.1 Qu'est ce que la liturgie ?

C'est une grande œuvre collective qui a ses textes, sa littérature, sa musique, sa sculpture, sa peinture et son architecture propre. Elle mobilise aussi tous les arts dit mineurs comme le tissage, la broderie, l'orfèvrerie et la calligraphie, et elle possède son rythme et son calendrier propre. Le vigneron et le boulanger participent aussi puisque le cœur de la vie liturgique est l'eucharistie. Ainsi la liturgie est l'œuvre d'art la plus complète et plus parfaite puisqu'elle utilise tous les arts que les hommes ne pas acteurs pour le moment du rôle d'un autre, mais participants effectifs engageant toute leur vie et même leur activité professionnelle. La liturgie est ainsi la vie même de l'Eglise, la vie sacramentelle en Dieu.

1.2 Le bâtiment et l 'assemblée ecclésiale

Ce n'est pas un hasard si l'on nomme église, à la fois le bâtiment et l'assemblée ecclésiale. Le bâtiment est le lieu privilégié de la vie de l'assemblée. Il est l'image que l'Eglise se faisait d'elle-même (1 Pierre 2, 4, 5) dès les origines et encore à l'époque romane. Dans le bâtiment comme dans l'assemblée ecclésiale, chacun a sa place, les membres du clergé et les laïcs, les hommes et les anges, le Christ et toute sa création.

1.3 L'architecture romane est liée à la spiritualité et à la théologie romane

Pour comprendre l'architecture romane, il faut connaître la spiritualité de l'époque ou du moins certain points essentiels. Cette spiritualité était nourrie de la Bible, particulièrement de l'ancien testament qui était toujours lu et interprété à la lumière du nouveau. Beaucoup d'éléments de l'ancien testament sont ainsi considérés comme des préfigurations prophétiques et symboliques de réalités sacramentelles et effectives de l'ancien Testament et de l'Eglise.

L'Eglise romane n'est pas un univers de "symboles " mais un univers sacramentel et liturgique. La liturgie est, tout en même temps et indissociablement, prière, vie et nourriture. Elle enseigne, mais non pas de façon didactique. Elle le fait par l'exemple de la vie quotidienne.

2. L'Eglise oriente vers le Christ qui vient

2.1 L'arche de Noé est une préfiguration de l'Eglise

Ce n'est pas un hasard si on parle de nef pour désigné le corps principal du bâtiment : le peuple roman avait conscience de cette préfiguration (1Pierre 3, 19 et 21).

L'Eglise sauve la création comme l'arche de Noé. Elle est "entourée " par les eaux du baptême qu'il faut franchir pour entrer. Le baptistaire roman est à l'extérieur et distant de l'église. Il est octogonal car le baptême restaure la création grâce à la résurrection du Christ, le 8e jour de la semaine, c'est à dire le lendemain du Sabbat.

Comme l'arche de Noé le bâtiment roman est construit en fonction de nombres précis et symboliques (Genèse 6, 13 à 22).L'arche ou le navire est fait pour naviguer même dans la tempête.

2.2 L'Eglise est en pèlerinage vers le Christ

L'Eglise, après avoir franchi les eaux du baptême marche vers le 2sd avènement du Christ comme le peuple juif marchait dans le désert après avoir franchi la mer Rouge en direction de l'Orient et de la Terre Promise. L'église romane est presque toujours dirigée vers l'orient.

2.3 L'Eglise romane correspond à la vision Ezéchiel (43, 1 à 5).

" Il le conduisit ensuite à la porte qui le regardait vers l'Orient. Et voici que la gloire du Dieu d'Israël venait du coté de l'Orient. Sa voix était comme la voix des grandes eaux, et la terre resplendissait de sa gloire (…) ; et je tombais sur ma face. Et la gloire du Seigneur entra dans la maison par le chemin de la porte qui regardait l'orient. Alors l'esprit m'enleva et me transporta dans le parvis intérieur ; et la gloire du Seigneur remplissait la maison ".

Ezéchiel à la vision du temple de Jérusalem rempli de toute la gloire perceptible de Dieu.

L'église romane est ainsi le Temple du Nouveau Testament. Les images qui recouvraient les murs sont 7 gloires visibles qui étaient absentes de l'Ancien Testament. Une église n'était considérée comme achevée et fonctionnelle que lorsqu'elle était couverte de fresques.

2.4 L'église est orientée dans l'espace

La porte de l'Orient est le quart de sphère de l'abside principale. C'est un "passage " fermé car il est réservé au Christ qui y passe alors que les porte sont closes.

A cet endroit était toujours peint le Christ en gloire, celui de l'apocalypse avec les 4 vivants de l'évangile. Toute l'Eglise, laïque et clergé, priait dans cette direction car le Christ se lève à l'est comme un soleil de justice.

Ainsi le Christ préside à toute l'Eglise. Cette image est le point focal de l'Eglise romane, elle le cep duquel, comme des sarments découle toutes les autres images murales et converge tous les regards : " Quand on tourne vers lui les regards on est inondé de joie et le visage ne se couvre pas de honte (Psaume 34, 6) "

2.5 L'Eglise est orientée dans le temps

Surtout dans les monastères on priait de préférence la nuit, particulièrement avant le levé du soleil. L'Eglise est tendue dans l'attente du jour nouveau et de la venu du règne de Dieu. Elle veille et attend "plus qu'un veilleur attend l'aurore " (Psaume 130).

C'est pourquoi, l'église romane est faite pour être éclairée de l'intérieur par des lampes et des cierges et pour avoir des murs couverts de fresques. Il faut aujourd'hui faire un effort d'imagination pour voir en pensée les fresques colorées et les lumières placées partout afin que les fresques resplendissent. Ainsi peut on comprendre que l'église romane est avant tout lumineuse et colorée. Les viraux sont très rares car ils sont noirs la nuit. On a fait beaucoup de contresens dans le passé à ce sujet.


3. L'Eglise est le lieu de la communion avec le Christ


3.1 L'autel et l'eucharistie

Juste au-dessous de l'image orientale du Christ en gloire, se trouve l'autel qui est le trône de Dieu et le lien effectif du sacrifice eucharistique.

L'assemblée de l'Eglise délègue les évêques et les prêtres consacrés pour s'approcher de ce lieu redoutable et offrir à Dieu, visible par l'image du Christ, les offrandes de pain et de vin qui deviendront nourriture eucharistique.

3.2 Les reliques

Sous l'autel, souvent dans une crypte, se trouve le tombeau d'un saint fondateur, les reliques de saints ou de martyrs ou de la Précieuse Croix, car l'Eglise a conscience que le sacrifice eucharistique a été institué par la passion et la résurrection corporelles du Christ est transmis par les saint, particulièrement les martyrs, qui ont fait de leur vie une offrande eucharistique et leur corps un pain consacré par Dieu (Ignace d'Antioche, lettre aux romains).

3.3 L'Eglise est le corps du Christ

L'autel est donc le pont principal de l'église romane, il se trouve toujours à l'orient, à la tête de la croix qui figure le bâtiment parce que l'églises comme assemblée est le corps du Christ dont le Christ est le chef, c'est à dire la tête, et les chrétiens qui communient les membres.
Le fidèle qui veut communier vient vers l'autel et se place au centre de l'église, à la croisée du transept : il est ainsi au cœur de l'Eglise, c'est le sens de l'eucharistie.


3.4 L'Eglise est le lieu de la manifestation de la gloire de Dieu

Elle est la montagne sainte, le Sinaï ou plus encore le Thabor car Dieu y est visible dans toute sa gloire sur les images des murs et des chapiteaux. Et toutes les images s'ordonnent par rapport à l'autel et au Christ en gloire : les apôtres sont autour du Christ. Les images de l'ancien Testament sont au nord, lieu éclairé par le sud. Celles du nouveau Testament sont au sud et souvent même partout. Le jugement dernier est à l'ouest, lieu du crépuscule et de la fin des temps ( de l'apocalypse).

3.5 Ces images montre la gloire de Dieu

Les prophètes ont désiré voir cette gloire mais ne l'ont qu'entrevue. Les apôtres l'ont vue et à leur suite, l'Eglise la voit sur les fresques. Cette gloire n'est pas la gloire du monde et de la nature mais la gloire de Dieu, lumière du monde ; c'est pourquoi les illustrations des églises romanes doivent obéir à des règles précises qui ne sont pas celles de l'art moderne.
Ainsi l'image n'est pas "naturaliste ". Elle ne cherche pas à montrer l'éclat du soleil mais celui de Dieu. Les rayons de gloire sont donc stylisés et géométriques. La mandorle, appelée aussi gloire, entoure l'image du Christ en majesté, victorieux par la résurrection. Ainsi la nature humaine, les corps, sont représentés glorieux et illuminés par la gloire de Dieu, vive et cependant paisible.

Pour les mêmes raisons, les personnages sont souvent représentés plus grands que les décors. L'homme, en effet, a été grandi par le Christ. Même les bourreaux sont toujours beaux et paisibles car l'Eglise enseigne l'amour des ennemis, et les martyrs illuminent même les méchants. La création n'est pas copiée telle quelle mais stylisée car, dans l'Eglise, elle est remplie de la gloire de Dieu.

La perspective n'est pas un système destiné à créer une illusion et à y piéger celui qui regarde. Elle est un ensemble varié et souple permettant de construire l'image et d'y noter les volumes et les formes. Dans ces images à deux dimensions, la perspective n'est pas "naturaliste " car elle n'a pas pour but de mentir en introduisant artificiellement une profondeur et un horizon illusoire et vain. L'église romane est une image de vérité.

Le visage du Christ est la seule représentation possible de l'image de Dieu car le Christ est le Dieu incarné. Il est donc inimaginable, pour un artiste roman, de représenter le père ou le Saint-Esprit, ou la trinité sous une forme humaine. Sue les fresques de l'ancien testament de Saint-Savin-sur-Gartempe , c'est le Christ, avec son nimbe crucifère, qui est représenté comme Dieu créateur de la Lune et du soleil. C'est le Christ qui donne à Moïse les tables de la loi. Car celui dont les anciens ne pouvaient voir le visage a montré sa face aux apôtres et à l'Eglise.

Conclusion

Il résulte de toutes ces considérations que l'art roman est un art authentiquement et pleinement chrétien. Il est entièrement tributaire de l'Evangile qui est à la fois un idéale de vie, de pensée et de production artistique. Le gothique, très proche du roman dans ses premières manifestations, s'est peu à peu écarté de cet idéal unique en juxtaposant à l'Evangile d'autres aspirations et d'autres règles.

Certes, l'église gothique est toujours orientée et la chapelle d'axe est même dédiée à la Vierge, ce qui tout à fait conforme à l'esprit du roman en ce qui concerne la théologie du second avènement. Mais les lignes s'élèvent inutilement et l'on oublie que "quiconque s'élève sera abaisser ". L 'art roman gardait toujours, en revanche, le sens de cet équilibre crucial entre les lignes verticales et horizontales. La surface réservée aux fresques s'amenuise et la lumière de Dieu et du Thabor doit céder la place aux rayons du soleil. Les images deviennent plus abondantes à l'extérieur, sur les portail qu'à l'intérieur du bâtiment. La pierre a honte d'être de la pierre et commence à mentir orgueilleusement en voulant imiter la dentelle. La parole elle-même, vivant dans le chant de la liturgie, commence à être voilée par la voix des orgues dépourvus de verbe.

L'Evangile reste une règle de vie mais est de moins en moins considéré comme une règle d'art. L'unité de l'homme, c'est à dire l'unité entre sa vie et son art, commence ainsi à se défaire lentement. Si d'un point de vue païen le gothique peut être vu comme un progrès, il est assurément, d'un point de vue chrétien le début d'une décadence.

Michel Bry
CASAinfo n°1

haut de page
Retourner sur le site

sommaire