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> Décrypter l'iconographie

Le tétramorphe


Tétramorphe autour du Christ en majesté
(source Petit glossaire pour la description des églises)


Le christ au tétramorphe - manuscrit français du XIIIe siècle

Le tétramorphe fut l'un des thèmes favoris de l'art religieux. Il en est d'ailleurs peu dont la signification soit aussi riche. Cet ensemble iconographique s'inspire directement de la vision de Saint Jean: " Un trône était dressé dans le ciel, et quelqu'un était assis sur ce trône... et autour du trône, il y avait quatre animaux pleins d'yeux devant et derrière. Le premier animal ressemblait à un lion; le second ressemblait à un veau; le troisième avait le visage comme celui d'un homme et le quatrième ressemblait à un ai~le qui vole. " (Apocalypse IV, 2?7).

Mais, bien avant, Ies quatre animaux étaient déjà apparus à Ezechiel au bord du fleuve Kobar. Le récit d'Ezechiel est donc probablement la première source du tétramorphe: " Au centre encore, on voyait quatre animaux dont voici la figure: ils avaient une ressemblance humaine; chacun d'eux avait quatre faces et chacun quatre ailes....Quant à la forme de leurs faces, ils avaient tous quatre une face d'homme, une face de lion, du côté droit, tous quatre une face de bœuf du côté gauche, et tous quatre une face d'aigle." (Ezechiel 1, 4?10)

Dès Ies premiers siècles du Christianisme, on admit que Ies quatre animaux symbolisaient Ies quatre évangélistes et Ies quatre épisodes les plus marquants de la vie et de la destinée du Seigneur. Au XIIeme siècle, la leçon s'était définitivement figée et elle était devenue objet d'enseignement. Nous la trouvons dans de nombreux Lectionnaires sous une forme, qui suit au plus près Ie commentaire de Raban Maur. (cf. Emile Mâle, L'art religieux du XIIIeme siècle en France)

Si Matthieu a pour attribut l'homme, c'est parce qu'il a commence son Evangile par la généalogie du Christ. Au début de l'Evangile de Luc, allusion est faite au sacrifice offert par Zacharie (Luc I, 5). Le bœuf ou Ie veau, animal du sacrifice, symbolise donc Luc. Le lion désigne Marc qui, des Ies premières lignes de son récit, nous parle de la voix qui crie dans le désert (Marc 1, 3). L'aigle, enfin, est la figure de Jean, car son texte nous place, dès Ie début, en face du Verbe, "vraie lumière" (Jean 1, 1?4). Or l'aigle est Ie seul animal à pouvoir regarder le soleil en face, comme Ie rappelle encore ce quatrain du 16eme siècle:
"Sur tous les oiseaux, je suis le roy. Voler je peux en si haut lieu
Que le soleil de près je voy. Heureux sont ceux qui verrons Dieu "

(cf. V.H. Débidour, Le bestiaire sculpté du Moyen Age en France)


En même temps, Ie tétramorphe rappelle l'Incarnation (homme), Ie Sacrifice du Christ (bœuf), la Résurrection (lion), et l'Ascension (aigle). Et l'art roman, qui a multiplie largement l'image du tétramorphe, lui prêtait bien d'autres sens encore...

Par des raisonnements subtils, que Raoul Glaber (Ie célèbre "chroniqueur de l'An Mil" et moine à Cluny) a développé abondamment, on établissait la correspondance des quatre animaux évangélistes (ange ? qui remplace parfois l'homme ?, bœuf, lion et aigle) avec Ies quatre vertus cardinales (justice, force, tempérance, prudence), Ies quatre éléments (terre, air, eau, feu), Ies sens de l'homme (toucher, odorat, goût, vue?ouïe), Ies quatre fleuves du paradis et les époques bibliques de l'histoire du monde. (cf. Lexique des Symboles, Zodiaque)

La disposition la plus fréquente rend, d'autre part, sensible le " X ", Ie khi: Ie Christ s'inscrit au centre d'une croix renversée. On donne la préséance à Matthieu et à Jean en Ies plaçant en haut, à gauche et à droite, parce qu'ils ont évoqué, dans Ies termes Ies plus précis, Ie retour du Christ. De plus, Ie disciple préféré a bien sa place à la droite de Jésus. Le lion et le bœuf rappellent l'ambiguïté du sacrifice du Christ, mort et résurrection à la fois; ils sont donc symétriques et contrastes, Ie premier à la gauche et le second à la droite du Christ. De cette façon se dessine, en même temps que l'image de la croix, celle du cercle, représentation de l'univers dont le Christ est tout à la fois le maître (cosmoerator) et Ie régulateur (ehronoerator).

En guise de conclusion, nous pourrions dire que l'on n'aura jamais épuisé toute la richesse des images dans nos églises. Mais elles valent toutes que l'on s'y attarde et que Ies guides de CASA s'en imprègnent, pour ensuite "ouvrir Ies yeux" aux visiteurs de passage sur ce monde éblouissant.

Claus-Peter Haverkamp

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