Retourner
sur le site
sommaire
La
nativité
Iconographie
médiévale et nativité
L'iconographie de la naissance du Christ comprend trois parties : les Préludes, c'est-à-dire les épisodes antérieurs à la naissance (le voyage à Bethléem, le recensement, l'attente de l'accouchement), la Nativité proprement dite et l'Adoration des Bergers et des Mages. Arrêtons-nous sur le second point.
Ainsi, ce thème de la Nativité apparaît très fréquemment à l'époque médiévale, mais aussi à la Renaissance, en raison tout particulièrement de ses liens avec la liturgie chrétienne. Par ailleurs, un tel choix iconographique permet de célébrer la Vierge au même titre que son fils. Ce thème est donc aussi à mettre en relation avec le culte marial, qui se développe notamment aux XIIe et XIIIe siècles.
Les représentations médiévales puisent leur inspiration à deux types de sources. Le premier type, les sources canoniques, est vite parcouru : seul l'Évangile de Luc nous retrace la naissance du Christ, mais avec une extrême brièveté. C'est pourquoi les textes apocryphes eurent le souci de compléter cet événement en comblant les "trous" et les zones d'ombre du texte biblique. Différents éléments furent popularisés très tôt dans le domaine artistique, et se retrouvent plus tardivement dans la Légende dorée de Jacques de Voragine et le théâtre des Mystères. Ainsi, l'Évangile de la nativité de Marie et de l'Enfance du Sauveur introduit de nouveaux personnages (les deux sages-femmes) et des animaux (le buf et l'âne).
Le thème du buf
et de l'âne provient d'une tradition attestée dès le IVe
s. et consignée pour la première fois au VIe s. dans l'Évangile
apocryphe du Pseudo-Matthieu, qui s'inspire d'un texte d'Isaïe détourné
de son sens. Cet élément veut symboliser un aspect du cycle de
Noël : Dieu méconnu par les hommes mais accueilli par les plus humbles
d'entre les animaux.
Les images médiévales figurent également très souvent
les deux sages-femmes, qui s'empressent autour de l'Enfant-Jésus et le
lavent parfois dans une cuve. Cet épisode ne figure pas dans les évangiles
apocryphes mais fut très souvent reproduit (chapiteau du cloître
de Saint-Trophime d'Arles, chapiteau de la cathédrale de Lyon, vitrail
de Laon...). Prénommées Zélémi et Salomé
dans l'art occidental, elles viennent attester de la virginité de Marie
après l'enfantement. La première, Zélémi, ne connaît
aucune hésitation tandis que Salomé, incrédule, demande
à constater. Alors, sa main se dessèche et il lui suffit pour
guérir de toucher les langes de l'Enfant. Une telle légende cherche
à mettre en lumière l'enfantement "surnaturel" du Christ.
Le thème narratif
de la Nativité se détache très tôt. Une des plus
anciennes peintures chrétiennes conservées, dans les catacombes
de Sainte-Priscille à Rome, l'illustre dès le IIIe siècle.
La Vierge Marie présente l'Enfant-Jésus, tandis que ce dernier
regarde une étoile.
L'iconographie de la nativité dans les premiers temps chrétiens
s'articule autour de différentes conceptions de l'enfantement du Christ.
Un témoignage ancien d'origine hellénistique mais fort peu répandu, situé sur un sarcophage du IVe siècle (musée du Latran), exprime ainsi l'idée d'un enfantement sans souffrance. L'Enfant est couché dans un berceau d'osier et repose sous un toit léger. L'âne et le buf réchauffent le nouveau-né. Un berger s'approche un bâton recourbé à la main, et de l'autre côté s'avancent les Mages. La Vierge est assise sur un rocher, pour bien marquer qu'elle n'a point enfanté dans la douleur. Ce type de représentation eut peu de prospérité, même en Orient. On ne le retrouve que sur quelques sarcophages ou ivoires d'Antioche et d'Alexandrie.
En effet, l'ensemble des nativités occidentales, jusqu'au XVIe siècle, dérivent du modèle syrien. La Vierge couchée marque cette origine. L'art roman et l'art gothique traitent la scène de la même façon. Un des plus anciens exemples, datant de l'époque carolingienne, se trouve être une lettre majuscule du Sacramentaire de Drogon (VIe siècle probablement) qui enferme tous les personnages de la nativité syrienne.
Dans cette version, que l'on trouve sur une des ampoules de Monza (VIe siècle vraisemblablement), la Nativité est un véritable accouchement. À droite, la Vierge est allongée sur un matelas, brisée de fatigue, étendue sur le côté et l'air absent. L'Enfant est étendu sur la crèche entre les deux animaux, une étoile brille au-dessus de lui. À gauche, saint Joseph, présenté comme un simple figurant, est assis, pensif, la main souvent au visage.
Un exemple très achevé de cette imitation de la composition orientale se situe sur le tympan du portail sud du narthex de Vézelay (XIIe siècle). Le sculpteur a envisagé son travail comme une miniature byzantine. Dans un étroit demi-cercle, il a placé l'Enfant, la Vierge couchée, saint Joseph se tenant le visage et une sage-femme. Au-dessus de la grotte on aperçoit des anges et, à gauche, des bergers s'approchent.
Toutefois, il existe des nativités moins complètes, plus sobres, qui reprennent tout de même ce modèle oriental. Seuls sont présents l'Enfant placé dans sa crèche, la Vierge couchée et saint Joseph assis. On peut citer les fresques de Brinay (XIIe), un chapiteau de la salle capitulaire de Saint-Caprais d'Agen...
Au cours du XIIe siècle, la tendance a été à la simplification du modèle syrien et à un enrichissement de la symbolique. Le vitrail de Chartres (milieu XIIe) consacré à l'Enfance du Christ en est l'exemple parfait. La Vierge n'est plus étendue sur un matelas mais sur un lit. De même, l'Enfant n'est plus couché à ses côtés dans une crèche mais sur un autel élevé qui occupe la partie centrale de la composition. Une lampe est placée au-dessus de sa tête et les rideaux entrouverts encadrent la scène, qui semble plutôt se dérouler dans une église. Le Christ est alors représenté dès sa naissance sous la forme sacrificielle de sa Passion ; l'autel préfigure la croix. L'influence de Suger, abbé de Saint-Denis, est incontestable dans le développement de cette analogie, que l'on retrouve partout, par exemple au portail Sainte-Anne de Notre-Dame de Paris.
Mais, à partir du XIVe siècle, le thème occidental de l'adoration se substitue au thème de l'accouchement. La Vierge alors qui visiblement n'a pas souffert, est agenouillée, les mains jointes devant l'Enfant nu et lumineux, couché sur une botte de paille ou sur un pan de manteau.
En fait, du milieu du XIIIe
à la fin du XIVe, sous l'influence de l'iconographie italienne, pénètrent
peu à peu des attitudes de tendresse. On voit apparaître en Italie,
au milieu du XIVe, la Vierge à genoux. Néanmoins, en France, jusqu'à
la fin du XIVe, elle reste généralement couchée sur un
lit.
Marie-Agnès
Mouton
CASAinfo n°42 - Décembre 1993