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Le combat des vices et des vertus
Ce thème iconographique est extrêmement répandu au Moyen-Âge. Pour certains auteurs, il s'agit même de "l'une des clefs du symbolisme de l'art roman" (Monde des Symboles, Zodiaque).
Le motif est directement inspiré par les scènes de combats épiques que se livrent des allégories dans le troisième livre de Prudence, intitulé Psychomachia. Ce poète latin chrétien, natif des provinces espagnoles, écrivit autour de l'an 400 un Peristephanon (Livre des couronnes), hymne aux martyrs, puis un second ouvrage, Contre Symmaque, où l'auteur s'attaque au polythéisme défendu par le sénateur Symmaque.
Les Psychomachia (du grec psyché, âme, et makhê, combat - le titre pouvant donc se traduire par "batailles spirituelles") décrivent les affrontements d'abstractions morales personnifiées qui aboutissent à la victoire du Christ. Les duels des vertus contre les vices se déroulent tous d'une manière identique et leur issue ne laisse aucun doute : "C'est à peine s'ils méritent le nom de combats puisqu'à aucun moment les vertus ne sont réellement menacées" (R. Martin, Les genres littéraires à Rome). On compte sept groupes antagonistes chez Prudence et les vices seront assimilés aux sept péchés capitaux. Le nombre de ces couples évolue au cours de l'histoire et selon les contraintes imposées par le support du thème iconographique : on pourra ainsi trouver six, dix ou douze couples (à la rosace ouest de Notre-Dame de Paris). Dans l'iconographie, les vertus sont représentées comme des femmes portant la tenue du soldat romain puis l'armure du chevalier après le XIe siècle. Les allégories portent parfois des attributs qui permettent de les identifier, éventuellement des symboles héraldiques ou sont associées à des animaux symboliques.
Le thème semble apparaître pour la première fois dans des manuscrits dès le Ve siècle, avant de se trouver illustré à l'époque romane sur des peintures murales (Tavant - les vices y sont transpercés d'une lance, Brioude, Montoire, St-Jacques-des-Guérets, Vic ), des chapiteaux (Notre-Dame du Port à Clermont-Ferrand), des coffrets émaillés (musée de Langres, coffret de 1160).
Au portail ouest d'Aulnay de Saintonge, les couples sont au nombre de six, sculptés sur la deuxième voussure (la première présente des anges, la troisième la parabole des vierges folles et sages). Ce dernier thème est fréquemment associé à celui des vices et des vertus. Le nom des allégories est indiqué au-dessus de chacune d'elles. Quatre vertus apparaissent également à la façade sud d'Aulnay dans une position figée : "Elles sont guindées dans l'austère géométrie de leurs armures, plus impressionnantes encore dans ce hiératisme inattaquable en contraste si total avec le tortillement impuissant des petits monstres qui s'acharnent en vain sous leurs pieds" (Zodiaque). On notera que les psychomachies sont un motif particulièrement prisé dans l'ouest de la France, aux portails et aux encadrements de fenêtres, au point qu'on a pu parler (sans réduire cette expression aux seules psychomachies) d'un "sermon saintongeais", bien visible à Pérignac, Chadenac, Parthenay, Corme-Royal, Échillais, Fenioux, Varaize, Pont-l'Abbé-d'Arnoult
Dans l'art gothique, le
thème se retrouvera dans la sculpture des grandes cathédrales
: à Laon, les huit vertus (sculptées vers 1200) sont de petits
êtres humains portant des attributs tels que la croix pour la Foi, un
vêtement donné à un vice nu pour la Pauvreté
On les trouve aussi au porche sud de Chartres (huit couples datant de 1220),
au porche nord de Strasbourg (1286) et également aux piédroits
de Reims, à Amiens. Dans des médaillons placés sous les
piédroits du portail du Jugement de Notre-Dame de Paris : elles sont
représentées sur deux rangées, les vertus brandissant un
symbole héraldique (le drapeau de l'Espérance, le lion du Courage
)
face à des représentations pittoresques des vices qui se trouvent
sous leurs pieds (un suicide pour le Désespoir, un homme qui fuit devant
un lapin pour la crainte
). Dans certains manuscrits enfin, les vices sont
assimilés à des personnages historiques (le Speculum Virginum
oppose la Caritas à Hérode, la Justice à Néron).
Hélène
Lambert
CASAinfo n°45 - Mai 1994