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> Points d'histoire

Le culte des reliques


Statut reliquaire de sainte Foy de Conques

C'est à l'origine un culte populaire qui correspond au besoin de voir, de toucher. Egalement, pour une population peu ou mal évangélisée, un besoin de magie et de surnaturel. Le culte des reliques s'est surtout développé en Occident, remplacé en Orient par la vénération des Icônes. L'Église n'a cherché au cours de l'histoire qu'à canaliser cette pratique.

1. Historique

1.1 Aux origines : la tombe des martyrs

Des assemblées familiales se réunissent autour de la tombe des martyrs pour rappeler le souvenir des morts. Au IIe siècle apparaît un culte particulier lors de réunions officielles. Par exemple, en 155, après la mort de l'évêque de Smyrne, Polycarpe, les fidèles écrivent : "Nous avons enlevé ses ossements, plus chers que les pierres précieuses, plus estimables que l'or ; nous les avons placés dans un lieu convenable. Que le Seigneur nous donne de nous retrouver là, quand nous le pourrons, pour célébrer le jour anniversaire de son martyre". Il n'y a pas là de superstition, mais du respect, de l'admiration, le désir de conserver tout ce qu'il reste de l'homme martyrisé, même le sang versé, même les instruments du martyre.

2.2 Jusqu'au VIIe siècle : principe de l'intangibilité des corps et extension de la notion de relique

a - Le droit romain ordonne de "laisser les morts reposer en paix". Le transfert des corps est interdit si l'inhumation est définitive, sauf cas d'urgence (inondation…). Les sanctions seront de plus en plus sévères à mesure que les transgressions seront plus fréquentes.
Au IVe siècle s'étend la croyance dans les vertus surnaturelles des reliques. Parallèlement à la naissance des pèlerinages, apparaît le désir de posséder des reliques. On sait que l'Empereur Constance fait venir les reliques de Timothée en 356 à Constantinople et celles de saint André et saint Luc en 357. Ce "mauvais exemple" amorce le morcellement des reliques en Orient. En réaction, l'Occident réaffirme la Loi romaine. On continue à construire les églises à l'emplacement même des tombeaux (ex. Sainte-Agnès à trois milles de Rome, Saint-Germain à Auxerre…), parfois dans des endroits peu commodes.

Certaines exceptions au principe ont été exploitées par la suite pour justifier diverses pratiques postérieures :
- Tout d'abord, il y a les transferts légitimes en cas d'inhumations provisoires : rapatriement des martyrs morts en exil, morts au cours d'un voyage (saint Germain).
- Lorsqu'il y a danger de profanation par les païens ou les hérétiques, les transferts sont alors estimés souhaitables. Ils se multiplieront lors des invasions (corps de saint Philibert transporté de Noirmoutier jusqu'à Tournus, en passant par Grandlieu pour le soustraire aux Normands).
- Quand on souhaite donner au saint une sépulture plus digne de lui (ce sera d'ailleurs la porte ouverte à tous les abus). Cette pratique se multipliera à partir du VIe siècle (saint Martin, au IVe siècle, fait transférer le corps de saint Gatien, évêque de Tours, mort en 250).
Un principe plus restrictif consiste en la non fragmentation : l'Occident refuse de fragmenter les corps, mais accepte volontiers les dons de l'Orient…

b - L'extension de la notion de relique répond au besoin grandissant de reliques. On distinguera :

- Les reliques réelles non corporelles : ce sont des objets de toutes sortes ayant appartenu aux saints, instruments de leurs pénitences, de leur captivité, de leur supplice. Les fils extraits du vêtement de saint Martin guérissant les malades. L'évêque Pierre s'empare du cilice de saint Germain et six prêtres se divisent son vêtement. La limaille des chaînes de Pierre et de Paul sont inclues dans une croix ou une clef de fer.
- Les reliques représentatives : tout objet ou linge mis en contact avec les ossements ou simplement la sépulture (brandea, sanctuaria, beneficia, pignora). Pour cela ont été ménagées des ouvertures (fenestella) faisant communiquer l'église haute avec la crypte, juste au-dessus des tombeaux. Palliola : linge de l'autel sur lequel a été dite une messe en l'honneur du saint. Et par extension, tout objet mis en contact avec le tombeau : la poussière, l'huile des lampes, un liquide utilisé pour laver les reliques. D'après saint Grégoire : "Il se produit souvent plus de miracles dans les sanctuaires où se trouvent de simples brandea qu'auprès des tombeaux eux-mêmes, car les saints martyrs se manifestent ainsi pour qu'on ne puisse douter de leur présence en ces églises où leur corps ne repose pas".

1.3 À partir du VIIe siècle : diffusion géographique des reliques corporelles
Les exceptions au principe de l'intangibilité des corps saints et en particulier, le désir d'assurer aux reliques les honneurs qui leur sont dus, favorise les fragmentations et donc la mise à l'honneur des reliques corporelles. On finira par oublier ce principe et on fragmentera sans raison valable. Corrélativement, les fausses reliques pourront se multiplier.

2. Les reliques dans les églises

2.1 Origine du dépôt de reliques dans les autels

Au départ, les lieux de culte sont des maisons ordinaires qui assurent plusieurs fonctions (église, évêché, hospices). Puis l'église devient sacrée et fait l'objet d'une dédicace. On trouve des églises urbaines et des églises cimétériales. Dans les catacombes, on célèbre près des tombes des martyrs. Le Liber Pontificalis attribue au pape Félix (269-275) la règle obligeant à célébrer sur les tombeaux des martyrs. Mais c'est une pratique générale depuis longtemps. Le plus souvent, l'autel est situé sur le tombeau même : "l'autel eucharistique sous lequel devait reposer ceux qui, au prix de leur sang, avaient témoigné pour le Christ".

À partir de la paix constantinienne, on construit des édifices parfois considérables sur le tombeau des apôtres et martyrs. La dédicace des églises ne nécessite jusqu'au VIe siècle que la célébration d'une messe ; elle sera ensuite associée dans les usages avec une déposition de reliques. Avec la dispersion des reliques, on considérera comme équivalents quelques reliques et le corps tout entier. Aux apôtres et martyrs, on adjoindra les Pères de l'Église et les Confesseurs (comme saint Martin ou saint Benoît, qui ont confessé leur foi).

2.2 Emplacement des reliques

On en trouve un petit nombre dans les autels. Les autres dans des lieux variés, avant le IXe siècle, puis de plus en plus près du maître-autel.
Les reliques ne sont exposées que les jours de fête, sinon elles sont mises hors de portée.

3. Mode de dévotions aux reliques

3.1 Au cœur des grandes fêtes religieuses

a - Les processions : elles ont lieu à diverses occasions :
- lors des translations des reliques,
- aux fêtes du temporal (les grandes fêtes liturgiques),
- aux fêtes du sanctoral (à l'occasion de la fête du saint).

b - Les ostensions : présentation publique des reliques.
extraordinaires :
- lors des inventions (découvertes de reliques) ou des translations (transfert de reliques),
- pour l'authentification des reliques,
- à des fins psychologiques. Ex. ostension du corps de saint Denis pour amener le peuple à prier pour la délivrance de la Terre Sainte.
ordinaires : régulièrement à partir du IXe siècle, pour satisfaire la dévotion des fidèles et peut-être pour susciter leur générosité. Cela se passe souvent lors des grandes fêtes liturgiques.

3.2 Dans l'intérêt collectif

- Pour donner la victoire aux armées, protéger contre les calamités (cela prend alors un caractère pénitentiel, avec procession pieds nus, jeûnes et prières), ou pour apaiser les querelles.

- La justice du saint : le saint est considéré comme protecteur du lieu. Les agressions sont fréquentes pendant les temps féodaux et le manque d'efficacité de la justice régulière pousse à invoquer la justice du saint. On pratique l'humiliation des reliques : "En 997, Foulques d'Angers était entré à main armée dans la collégiale Saint-Martin de Tours, avait fait renverser une aile du bâtiment. Incapables de se défendre contre un si puissant seigneur, les chanoines levèrent les reliques de l'autel, les déposèrent à terre à côté de la croix, les couvrirent d'épines, puis fermèrent les portes et en défendirent l'accès aux pèlerins. Le comte, impressionné, implore le pardon et jure de ne plus profaner le lieu saint". Au milieu du XIIe, le recours aux autorités ecclésiales (excommunication) et séculières devient efficace et on abandonne l'utilisation de la justice du saint.

4. Qu'en dit l'Eglise ?

- La hiérarchie de l'Église a été tantôt réticente, tantôt favorable. Elle a essayé de canaliser ce culte, en insistant sur la différence culte rendu à Dieu / vénération des saints, en insistant plus sur la vertu de rappel que sur la valeur magique. Elle a autorisé la présence des reliques dans les autels, la procession de reliques et le serment sur les reliques (remplacé plus tard par le serment sur les Écritures saintes).

- Le culte des reliques est encouragé par les monastères ; c'est pour eux une source financière qui motivera la rédaction de livres des miracles en guise de publicité. C'est aussi un instrument de lutte contre les seigneurs (la justice du saint). Il permet enfin de gagner les masses à l'Église.

La vénération des saints évoluera vers le merveilleux aux dépens du spirituel, dans une recherche de protection et de guérison.

La Réforme protestante réagira contre l'idolâtrie manifestée pour le culte des reliques. En 1563, le Concile de Trente répond : "Les corps des saints furent les membres vivants du Christ et le temple du Saint-Esprit ; par leur intermédiaire, de multiples bienfaits sont accordés par Dieu".

Vatican II accepte la vénération des reliques et donne aux saints une valeur d'exemple.

Françoise Le Bas
CASAinfo n°4 - Février 1986

ANNEXES :
1) Références bibliques concernant les guérisons et les miracles :
- Multiples guérisons effectuées par Jésus.
- Pouvoir des vêtements de Jésus : l'Hémoroïsse (Mt 9, 20-22).
- Pouvoir donné aux apôtres de faire des miracles (fin de Mt).
- "Dieu faisait des miracles par les mains de Paul, au point que l'on appliquait sur les malades les linges et les vêtements qui avaient touché son corps et les maladies étaient guéries et les malins esprits chassés" (Actes 29, 11-12).
Au temps des dernières persécutions, les Confesseurs de la Foi obtenaient l'absolution pour les apostats (ceux qui renient leur foi devant la persécution). Ce qui montre que, dès la départ, ils ont une fonction d'intercession.
2) Bibliographie :
- Les reliques des saints (formation coutumière d'un droit) par Nicole Herrmann-Mascard, éd. Klincksieck, 1975.
- Dictionnaire de Théologie catholique, Tome 13, 2ème partie, au mot "Relique", Librairie Letouzet et Ané.

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