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Les
Rois Mages

Scènes de la vie
de la vierge : l'adoration des mages
Peinture angleterre XIVè
Les mages ne sont évoqués qu'au deuxième chapitre de l'Evangile selon saint Matthieu (2,1-12). Le caractère énigmatique de leur présence, les éléments légendaires de la scène expliquent la fascination provoque par ces personnages mystérieux qui seront très représentés dans l'iconographie chrétienne.
L'Evangile nous apprend que des mages, c'est-à-dire des savants non-juifs, probablement des astrologues perses, ont suivi une étoile qui les mena jusqu'à la crèche. Le récit s'inscrit dans une riche tradition légendaire indo-européenne et sémitique qui entoure les naissances royales : ces récits ont en commun des éléments tels que la filiation royale (puisque Jésus descend par sa mère du roi David), la conception extraordinaire de l'enfant, le signe merveilleux de sa prédestination (ici, l'étoile) qui accompagne tout changement de dynastie, ou les évènements dramatiques et sanglants qui suivent la naissance (massacre des Innocents).
Ce texte du Nouveau Testament est mis en parallèle avec des citations de l'Ancien, qui ont contribué à faire de ces mages des rois : on lira au Psaume 71, 10-11 : "Les rois de Tarsis et des îles paieront des tributs, les rois de Géba et de Saba offriront des présents. Tous les rois se prosterneront devant lui..." et dans Esaïe (60,3) : "Des nations marchent à ta lumière, Et des rois à la clarté de tes rayons". Alors que ces personnages sont encore des mages sur les mosaïques de saint Apollinaire le Neuf de Ravenne, au IXe siècle, ils sont par la suite couronnés, voire plus rarement auréolés (chez Giotto, et à Cologne).
Le nombre de ces mages, non précisé par l'Evangile, varie selon les textes. La tradition iconographique se fixe sur le chiffre de trois, mais on peut trouver mention de 4, 12, 24 ou 30 mages dans certaines légendes De même que leur nombre est incertain, leur nom semble tout aussi problématique : ceux de Gaspard, Melchior et Balthezar ont des consonances toutes proches de divinités zoroastriennes, ce qui conforte la théorie selon laquelle ces mages auraient une origine perse.
Dès le VIe siècle, une lecture symbolique du chiffre trois associe les mages aux âges de la vie : chacun se distingue par sa taille et la longueur de sa barbe (le plus jeune est représenté imberbe, etc.). Il semblerait que cette symbolique renvoie à une évocation de la polymorphie divine dont on trouve des traces dans la légende orientale rapportée par Marco Polo où le plus jeune mage voit le Christ enfant, le deuxième mage voit le Christ sous l'aspect d'un homme mur, et le troisième voit le Christ comme un Dieu âgé.
Une autre lecture symbolique se superpose à la fin du XIVe siècle en Rhénanie: les trois mages représentent alors les trois continents car chacun serait le descendant d'un fils de Noé. Le plus jeune mage est alors le Maure qui se tient légèrement à l'écart de la scène et semble hésiter à approcher.
L'Evangile décrivait les présents des mages : il s'agit d'or, d'encens et de myrrhe. Les interprétations ne manquent pas, mentionnons celle qui fait de l'or le cadeau destiné au roi terrestre, l'encens le cadeau destiné au roi divin, et la myrrhe le cadeau funéraire signe de rédemption. Les présents aromatiques renvoient également à l'arôme du Christ dont il est question dans certaines légendes. Quoi qu'il en soit, ces trésors doivent évoquer la royauté du Christ dès sa naissance dans la crèche.
Les présents seront multipliés dans certains textes, comme dans les Enfances du Christ, apocryphe arménien: Gaspard, roi des Indes, offre encens et cannelle; Balthazar, roi d'Arabie, offre or, argent et perles; Melchior, roi de Perse, offre pourpre, lin et mousseline. Les présents deviennent des réminiscences des richesses d'Alexandre (un fruit d'or qui tombe en poussière lorsque le Christ le saisit, condamnant ainsi le monde païen) ou de la reine de Sabat (dans un texte du Chartreux Jean de Hildesheim datant du XIVe siècle). Ailleurs, ces dons proviennent de la caverne où Adam aurait conservé des souvenirs du Paradis..
Dans le récit rapporté par Marco Polo, le Christ offre en retour une pierre laide enfermée dans un coffret fermé. Les Mages, déçus du présent qu'ils découvrent, jettent la pierre dans un puits d'où jaillit un grand feu. Enfin, dans un Apocryphe, c'est la Vierge qui offre un lange aux rois...
Les représentations de la scène varieront au cours des siècles. Les premières, datant du IIIe ou IVe siècle, se trouvent sur des sarcophages ou dans des catacombes. Dans l'art préroman, Marie trônant sur une cathèdre présente l'enfant aux mages qui n'apportent pas de dons. On a pu rapprocher cette vision de l'épisode comme une reprise des triomphes romains où l'empereur reçoit les hommages des barbares vaincus. Les mages sont parfois suivis de chameaux, et parfois précédés de l'étoile. Au Moyen Age, le décor se fait plus fastueux, avec un palais pour cadre, ou plus simple après le XIIIe siècle (décor de maison, ruine du palais de David..). Au XVe siècle, les rois sont vêtus d'étoffes somptueuses et sont fréquemment intégrés dans la foule d'une procession.
Les reliques des mages sont adorées à la cathédrale de Cologne depuis que Frédéric Ier Barberousse les a rapportées de Milan en l'an 1164 afin de marquer un point contre le pape dans la querelle des investitures. C'est ainsi que les mages ont pu jouer un rôle politique non négligeable au Moyen Age dans le Saint Empire Romain Germanique !
Hélène Lambert
Sources:
MM Davy, Initiation à la symbolique médiévale, Champs,
Flammarion
Zodiaque
Lexikon der christlichen Ikonographie, Herder
Emission radiophonique Ils n'étaient ni trois, ni rois, France Culture,
chemins de la connaissance, décembre