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> Points d'histoire

La "révolution" du Concil Vatican II
Le concile Vatican II et la liturgie :
une restauration-révolution


Dans la basilique St Pierre de Rome, une cession du Concile Vatican II


Les jeunes catholiques ne peuvent avoir idée de la "révolution" qu'a apporté à la Liturgie la "constitution sur la Sainte Liturgie" premier texte du Concile Vatican II paru le 4 décembre 1963 (I'ensemble des textes suivants sont de 1964 et 1965).

"On nous a changé notre Eglise !"… C'est non sans difficultés que l'ensemble des catholiques a fini par accepter les réformes demandées par le Concile appelées par les pères "restauration et progrès". Ces réformes ont provoqué le schisme dramatique de Mgr Lefebvre qui perdure à Ecône.

Une mise en oeuvre renouvelée de l'ensemble des sacrements et surtout de la messe s'est imposée progressivement dans de multiples détails mais surtout : "La participation de tout le peuple est ce qu'on doit viser de toutes ses forces dans la restauration et la mise en œuvre de la liturgie… et en premier lieu la réforme liturgique du clergé. " (n° 14).

Les plus âgés d'entre nous ont en mémoire les transformations importantes autour du saint sacrifice de la Messe : au lieu des messes célébrées en latin, tout au fond du chœur, le prêtre tournant le dos, les fidèles n'ayant pour repères que les mouvements du prêtres la petite cloche du clergeon et leur missel en latin?français... I'officiant est maintenant face au peuple, l'autel principal est aménagé quand c'est possible à la croisée du transept (ce qui retrouvait le modèle initial basilical qui fut abandonné au IX?X°) les fidèles sont associés à l'animation, aux Lectures etc.

1. L 'évolution de la liturgie à travers les siècles

Il est bon de rappeler très brièvement l'évolution de la liturgie à travers les siècles pour comprendre l'importance de ces transformations dans les mentalités clercs/fidèles :

Au Moyen Age, la société repose sur des hiérarchies des cloisonnements : on tend à séparer les clercs des laïcs : aux clercs de faire les sacrements le culte au nom du peuple a sa place: aux laïcs de vaquer aux affaires profanes.
L'allure que prend l'aménagement des églises, à l'époque, nous le montre bien. Pendant que le peuple déambule dans les vastes espaces de la cathédrale, et s'occupe comme il peut derrière des grilles de plus en plus hautes les clercs se chargent des rites, des chants, des prières dans une langue incomprise.
Le renforcement de la différence laïcs/clercs sert à asseoir le pouvoir de ces derniers sur les masses : il faut passer par eux pour s'adresser à Dieu.

La Contre-réforme : le Concile de Trente, en prenant conscience du peu d'emprise de la foi chrétienne sur les masses, a mis sur pied un vaste mouvement de reformes : séminaires pour former les prêtres, chaires à prêcher pour enseigner l'assemblée, catéchismes, missions, retraites, pieux exercices se sont développés un peu partout pour répandre dans les esprits les vérités à croire, et dans les mœurs les vertus chrétiennes. Mais dans le même temps n'ont pas cessé dans l'Eglise les efforts pour maintenir la séparation entre clercs et laïcs, entre le sanctuaire et la nef, entre langue de tous les jours et langue liturgique. Ainsi, de façon paradoxale, tandis qu'elle déploie dans un contexte extra liturgique toute une pastorale pour enseigner, évangéliser, moraliser le peuple, elle le tient rigoureusement à l'écart de l'action proprement liturgique.

Au XlXème siècle : Ce dualisme perdure : le culte s'est embourgeoisé, figé, solennisé... L'Eglise, qui veut rester pure en se repliant sur le sacré ne se rend pas compte qu'elle est en train de devenir insignifiante pour toutes les cultures nées en dehors d'elle et qu'elle n'embraye plus sur les questions décisives qui se posent aux hommes dans le monde industriel.

Les réformes liturgiques du Concile Vatican II ne sont cependant pas le fruit d'une génération spontanée : la préoccupation d'articuler le dessein de Dieu et l'histoire humaine n'a cessé de se développer et de grandir notamment depuis le début du XX° siècle . La dimension culturelle qui avait occupé la plus grande place s'est trouvée relativisée au profit de l'urgence des tâches d'évangélisation. L'Eglise a repris conscience que le service sacramentel ne se limite pas aux actes du culte mais que l'annonce de l'Evangile est œuvre liturgique autant que les célébrations entre croyants.

Cette prise de conscience s'est fait jour dans tous les mouvements d'action catholique entre les deux guerres et pour ce qui est précisément de la liturgie dans le culte (la messe, les rites, les sacrements) elle a suscité à partir de l'ordre des dominicains en France et en Allemagne, des recherche passionnées à travers le "Centre Pastoral Liturgique " fondé en 1943.


2. La constitution pour la Sainte Liturgie (1963)


Chapitre I - dans ses préambules

Elle établit que "la Liturgie édifie chaque jour ceux qui sont au?dedans pour en faire un temple saint dans le seigneur, une habitation de Dieu dans l'esprit, jusqu'à la taille qui convient à la plénitude du Christ. C'est d'une façon étonnante qu'elle fortifie leur énergie pour leur faire proclamer le Christ, et ainsi elle montre l'Eglise à ceux qui sont dehors… "
Elle pose comme base la présence du Christ dans toute liturgie (n° 7) " II est là présent dans le sacrifice de la messe et dans la personne du ministre…il est là présent par sa vertu dans les sacrements…Il est là présent dans sa parole…lorsque l'Eglise prie et chante …toute célébration liturgique, en tant qu'œuvre du Christ prêtre et de son Corps qui est l'Eglise, est l'action sacrée par excellence… "
La Liturgie est le sommet et la source de la vie de l'Eglise. (n° 2 et 10)

Dans les "Principes généraux" elle énumère les normes générales pour "La restauration et le progrès de la liturgie" :

. Recherche de la formation liturgique et de la participation active des fidèles (n° 14 à 20)
. Autorité de l'Eglise (le Siège apostolique les évêques) (n° 22)
. Tradition et progrès (n° 23) en s'appuyant sur la Bible
. Participation active des fidèles (n° 30)
. Suppression des distinctions sociales (qui ne se souvient des "Pompes" de certains enterrements !
. L'union intime du rite et de la parole devra mieux apparaître : lectures, sermons, catéchèse liturgique seront toujours basés sur la Bible.
. Une plus large place sera faite à la langue du pays.(n° 36)
. La liturgie sera adaptée au tempérament et aux conditions des différents peuples (n° 37).
. Des Commissions liturgiques nationales diocésaines mettront en pratique la restauration de la liturgie avec l'évoque. (n° 41).

Au chapitre II sur le Mystère de l'Eucharistie "Sacrement de l'Amour "

Elle établit (n° 47 à S8):
. La révision de l'ordinaire de la messe, la communion possible sous les deux espèces, la concélébration, l'usage de la langue du pays, etc.

Au Chapitre III sur les autres Sacrements (n° 58 à 82)

" Il est de la plus grande importance que les fidèles comprennent facilement les signes des sacrements et les fréquentent de la façon la plus assidue… "
.Les rites sacramentaux seront révisés pour chaque sacrement (révisions déjà détaillées)
. Le catéchuménat des adultes sera restauré .

Chapitre IV : révision de l'Office divin (n° 83 à 101)

Chapitre V : Révision de l'année liturgique dans la célébration annuelle des mystères du Christ.

Chapitre VI : sur la musique sacrée : "... Pour que la voir des fidèles puisse se faire entendre… "

Chapitre Vll : sur l'art sacré "... qui visera à exprimer la beauté infinie de Dieu et contribuera le plus possible à tourner les âmes humaines vers Dieu "…


Ainsi ce premier texte des Pères du Concile a?t?il ouvert toutes grandes les portes d'une "rénovation" de la Liturgie qui a mis plus de vingt ans à être véritablement appliquée et acceptée par le clergé et les fidèles de plus en plus participants de l'action liturgique. Il témoigne de la vitalité de l'Eglise immergée dans une nouvelle civilisation où elle a pris conscience qu'être missionnaire est une nécessité si elle demeure persuadée qu'annoncer l'Evangile aux hommes de tous les temps et de tous les pays, dans leur langue, dans leur culture, dans leur vie, est sa raison d'être et une urgence.

Janine Clais
CASAinfo n°60

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