Retourner sur le site
sommaire

> Points d'histoire


Le culte de Marie à travers les siècles


Beato Angelico Madona in Trono
Rome Musées du Vatican


Un visage de femme va se dessiner dès les premiers siècles dans l'histoire du christianisme, celui de Marie, mère de Jésus. Les pères de l'Eglise catholique ont été les chantres de Marie, particulièrement saint Ambroise de Milan considéré comme un père de la mariologie occidentale, il disait de Marie "Elle est le Temple de dieu non pas le Dieu du Temple ".

Marie, cette humble femme tirée de l'ombre par la révélation de la dimension divine de la personne de son fils Jésus, est saluée avec un infini respect, une profonde affection, une grande admiration, on la sollicite, grande consolatrice, avec espoir, confiance, gratitude, comme une Mère, une Sœur, une Amie. On la place au plus haut, sur un piédestal, femme certes mais sublimée. Multiples vocables, innombrables lieux de culte dans le monde entier, la très croyante Mayriam vénérée par les musulmans comme l'une des femmes les plus saintes de l'histoire religieuse est 34 fois citée dans le Coran alors qu'elle n'apparaît que 11 fois dans les scènes évangéliques. Marie, figure qui va grandir au cours des siècles, intime et immense.

Tentons de dégager le visage de Marie de ses dorures de Reine, femme intensément humaine, entraînée par sa maternité dans une existence unique. Evoquons rapidement la femme juive traditionnelle de l'époque de Marie : elle est mariée entre 12 et 14 ans à un époux choisi par ses parents, elle est mère et maîtresse de maison, soumise à son mari, elle respecte le rythme des fêtes religieuses et y est active.

Dès les premiers chrétiens

Tôt, après la mort de Jésus, sa mère sera évoquée. Ignace d'Antioche (mort martyr en 110 ) aurait connu des témoins directs du Christ (Pierre ou Paul selon les textes ), il est le premier après les Evangiles à mentionner Marie : " Notre Dieu Jésus Christ a été porté dans le sein de Marie selon l'économie divine ", "Jésus né de Marie et de Dieu " ; son but est d'affirmer l'Incarnation, il laisse entendre dans une lettre aux Ephésiens que les premiers chrétiens vénéraient déjà Marie. Vers 165, Justin nomme le premier "la Vierge " puis Irénée de Lyon (mort vers 202 ) évoque la coopération de Marie à l'œuvre du Salut et esquisse la théorie de Marie, Mère de l'Eglise. A la fin du III° siècle apparaît en Orient la première prière à Marie le Sub tuum, connu au milieu du V° siècle seulement en Occident "Nous nous réfugions sous ta protection Sainte Mère de Dieu, ne rejette pas nos prières dans la nécessité mais libère-nous de tous les périls Vierge Glorieuse et bénie ". A la même époque apparaît la vénération de Marie dans l'art, sur une fresque au cimetière Priscilla à Rome, dans la "chapelle grecque ".

Peu à peu la piété populaire et la réflexion des intellectuels approfondissent l'image de Marie. En Orient, à partir de 350, on attribue couramment à Marie le titre de Mère de Dieu. Elle devient modèle de vie chrétienne. " Le Christ est né d'une Vierge, femmes cultivez la virginité et vous arriverez à être la Mère du Christ " (saint Grégoire de Naziance 330-390). En Occident le mouvement est plus lent mais on adopte les mêmes positions.

IVe siècle : Marie, modèle de toutes les vertus

Au IVe siècle, l'archevêque de Milan saint Ambroise propose Marie comme modèle de toutes les vertus, son influence sur la spiritualité mariale populaire est très profonde. Des difficultés et des questions s'agitent cependant quant à sa virginité. Des doutes et des manques de Foi discernés par certains mettant en cause sa Sainteté. Saint Ambroise conclut "la naissance du Christ est réelle, charnelle mais miraculeuse. Dans son Incarnation Dieu n'abolit pas la chair, il la transcende ". Peu à peu se dissipent les interrogations et c'est la reconnaissance absolue de la Sainteté de Marie.

Deux problèmes resteront posés jusqu'à XIXe et XXe siècles, l'Immaculée Conception et l'Assomption. Marie non soumise au péché est une idée lancée par les hérétiques pélagiens, combattue par saint Augustin ; pendant des siècles l'Occident se méfiera donc de l'Immaculée Conception. Au-delà des discussions théologiques le Culte marial se développe irrésistiblement. Les prières se multiplient, les fêtes dédiées à Marie progressent.

Premières polémiques

Après une période plutôt paisible, une controverse survient. En 428, Anastase prêtre de Constantinople déclare que Marie ne peut être appelée Theotokos (mère de Dieu ) mais seulement de Jésus "Une simple créature peut-elle engendre Dieu ? " Tumulte dans l'Eglise, émeutes, bagarres dans la rue, le peuple de Dieu est très attaché à la piété mariale, Anastase est considéré comme sacrilège, ce sera l'hérésie nestorienne. Rome s'inquiète, Cyrille d'Alexandrie intervient avec vigueur pour briser l'hérésie. On réunit un concile en 431 à Ephése où le rôle de la Mère de Dieu est totalement reconnu. Le 15 août, la fête de Marie Theotokos est instituée au V° siècle, les icônes de Marie se multiplient.

VIIIe siècle : le culte se structure

Au VIIIe siècle la dévotion mariale atteint des sommets avec Germain de Constantinople mort en 733 "Dieu obéit à Marie comme à sa Mère, personne ne se sauve sans Marie, aucune grâce n'est octroyée sinon par elle ". Jean Damascène mort en 759 est plus modéré, il distingue l'adoration due à Dieu seul et la vénération destinée à Marie. L'Assomption devient en Occident la principale fête de la Vierge (depuis longtemps dans la tradition de l'Eglise grecque ). Saint Léon le Grand sera le plus grand théologien marial d'Occident . Peu à peu le culte de la Vierge se structure. On trouve trace de la Vierge dans des sermons du VIIIe siècle en Gaule, Marie tient sa place dans la liturgie plus rustique qu'en Orient du fait du niveau culturel de l'Occident barbare.

A Byzance, comme à Rome les éléments essentiels de la spiritualité mariale sont fixés dès le VII° et VIII° siècles, la dévotion mariale d'aujourd'hui repose encore sur ses fondements. Un élan universel porte le peuple des temps médiévaux vers Notre Dame, la mère du Bel Amour. Pour l'écrivain contemporain Daniel Rops elle est "la surnaturelle amante ". On est loin de la sobriété du Sub tuum, les prières mariales médiévales sont des déclarations d'amour, les grandes prières parvenues jusqu'à nous sont l'Alma Redemptoris Mater, l'Inviolata, le Salve Regina, les Litanies de la Vierge. Dante et Pétranque la célèbrent : " Midi resplendissant de charité, fontaine vive de l'Espérance ", écrit Dante. Les siècles médiévaux porteront vers Marie une immense faveur populaire, feront couler vers elle un flot d'Amour, elle règne dans les cœurs.

Notre Dame

Grands témoins de l'essor marial du XIe siècle, les cathédrales dont la plupart sont dédiées à Notre Dame. On commence à réciter des Ave Maria, on crée des ordres religieux sous la protection de Marie. On célèbre les hauts faits de Marie comme le miracle de Théophile de Rutebeuf joué sur le parvis des cathédrales, sculpté au portail nord de Notre Dame de Paris.

Saint Bernard fut l'un des premiers dans la moitié du XIIe siècle à nommer dans l'esprit chevaleresque, Marie, Notre Dame. Plus tard on tirera de ses écrits, au XVe siècle le "Souvenez-vous " parvenu jusqu'à nous. Marie apparaît aux porches et tympans des cathédrales, avec son Fils puis seule. La dévotion suscitée par Notre Dame n'est pas que populaire, tous les religieux et saints de cette époque visent cet élan marial, saint Anselme, saint François d'Assise, saint Bonaventure, saint Thomas d'Aquin, notre roi saint Louis. Saint Bernard veille à éviter " la mariolâtrie " " toute louange à la mère appartiendra au Fils ". Daniel Rops a écrit "Marie se trouve au point le plus intime de la rencontre entre Dieu et les hommes ". Le Moyen Age découvre le sens du rôle de Marie au Calvaire "Voici ta Mère ". L'Immaculée Conception continue à faire naître des disputes, saint Bernard le niait. Le pape Sixte IV tranche au XVe. en faveur de la fête de l'Immaculée Conception, Marie conçue sans tache, le dogme ne sera proclamé qu'en 1856.


L'élan théologique qui a couvert les XI°, XII° et XIII° s. s'essouffle mais la piété mariale populaire face au malheur des temps reste très vive et met l'accent sur la souffrance de Marie. La fin du Moyen Age verra naître l'institution du Rosaire.

La contre réforme et la révolution

Au XVIe siècle la Réforme vient ébranler l'Eglise, un demi siècle de guerres religieuses va endeuiller la France. Les actions iconoclastes visant la Vierge vont se multiplier, irritant le peuple et créant des troubles tragiques, pourtant les premiers réformateurs n'étaient pas hostiles à Marie. Les grands pèlerinages continuent à être très fréquentés.
Au fil des ans les oppositions entre les catholiques et protestants se durcissent. La critique du culte de la Vierge et surtout celui de la Médiatrice s'intensifie. Par réaction la Vierge sera exaltée par les catholiques. Le développement d'une doctrine mariale marquera un retour aux sources de l'Ecriture et de la Tradition des Pères de l'Eglise, ouvrant la voie au grand mouvement marial des XVIIe et XVIIIe siècles.

En 1638, le vœu de Louis XIII, à Notre-Dame de Paris, soulève une grande ferveur, le royaume de France est consacré à Marie.


Au tout début du XVIIIe s. Louis Grignon de Montfort dont l'influence sera durable et profonde va fixer la dévotion de la Vierge pour plus de deux siècles : "Marie est située dans la totalité de la vie de chaque chrétien au delà de la théorie ", la Vierge joue un rôle essentiel dans le salut offert par dieu. Le mois de Marie, mai, fait son apparition. Une vieille tradition renaît, entrer dans le "Saint Esclavage " de Marie "pour être à Jésus seul ". Bossuet critique "ceux qui, abusés par une croyance superstitieuse, se croient dévots à la Vierge sans corriger la licence et le débordement de leurs mœurs ".

Louis Grignon de Montfort (canonisé en 1947 par Pie XII ) met Marie à sa juste place "Jésus Christ Notre Seigneur vrai Dieu et vrai homme doit être la fin dernière de toutes nos dévotions autrement elles seraient fausses et trompeuses ". Sa pensée est mondialement diffusée par son traité de la vraie dévotion à la très Sainte Vierge qui baignera les XIXe et XXe s. de sa spiritualité.

Le siècle des lumières va proférer des critiques qui ne réussiront pas à faire reculer la dévotion mariale. De la contre Réforme à l'aube de la révolution du catholicisme aura su éviter les pièges de l'intellectualisme et de la superstition puis vient la Révolution, époque tragique pour l'Eglise.

1854 : l'Immaculée conception devient un dogme

Après elle, dès 1800 on crée des Congrégations à la dévotion mariale affirmée afin de rechristianiser. A partir de 1830 la renaissance de la piété mariale est forte, en 1854 Pie IX définit le dogme de l'Immaculée conception (marie conçue sans tache) en germe depuis des siècles.

Le phénomène essentiel de ce XXe siècle réside dans les apparitions de la Vierge qui vont entraîner un très grand élan populaire, la Médaille Miraculeuse rue du Bac à Paris, la Salette, Lourdes, Pontmain voient toujours abonder les pèlerins.

Le XX° siècle verra la définition du dogme de l'Assomption en 1950 et toujours des apparitions de la Vierge comme Fatima au début du siècle. Aujourd'hui, malgré le Vatican encore silencieux, Medjugorjé continue à drainer depuis plus de 15 ans des foules ferventes et à entraîner des conversions.

Depuis 1965

Le Concile Vatican II restera sobre quant à la dévotion mariale visant surtout son approfondissement et son recentrage sur le Christ. Le rôle de médiatrice de Marie fait toujours l'objet de mises au point. Léon XIII en 1896 précise que le Christ est l'unique Médiateur d'où "Marie médiatrice auprès du Médiateur ". Saint Bernard l'appelait "Médiatrice du Salut ". Jean-Paul II parle dans Redemptoris Mates de "Médiation maternelle " "participée et subordonnée " s'exprimant par l'intercession de la Mère de Dieu. Certains demanderaient un dogme de la Médiation de Marie, ce n'est pas dans l'esprit de Vatican II.
Plus simplement, France Quéré, théologienne protestante, a écrit sur Marie, "Je ne prie pas Marie, je prie Jésus avec Elle ".

Entre 1965 et 1975 le catholicisme français a connu une véritable crise, la dévotion mariale en a fait quelque peu les frais mais qu'en est-il aujourd'hui ? Il existe, la crise s'étant apaisée, une remontée de la dévotion mariale que vise l'approfondissement de la Foi et des connaissances théologiques, on insiste moins sur la puissance de Marie, et plus sur ses liens avec son Fils. Dom Robert le Gall a récemment écrit "Marie, joyau de la Trinité, Marie Reine, Marie mère de l'Eglise, Marie mère de l'humanité demeure cette femme d'Israël qui a enfanté Jésus, sœur et amie, au cœur de l'Eglise de l'Espérance". Pour achever ce rapide survol voici une belle méditation sur Marie, extraite d'un ouvrage de Marie-Jeanne Bérère :

Tu es Myriam,
Jésus est né de toi un jour de notre temps
Vraiment né, de naissance d'homme.
Tu as tissé son corps et son cœur au creux
De ta chair et de ton amour,
Au long des jours de ton attente tu as
Porté sa vie semée en terre humaine
De toi, femme du pays de Galilée, il
Est sorti pour prendre place d'homme véritable
Tu l'as suivi de ton affection et de ta
Confiance, lui l'humaine présence de Dieu
Sur nos chemins, lui qui nous dit en mots
De terre et de chair, le Dieu indicible
Tu es sa mère Myriam……tout simplement.

Reine Bonnefoy
CASAinfo n°67

haut de page
Retourner sur le site

sommaire