Pourquoi CASA ?

Une intuition du Père Ponsar

Ordonné prêtre pour le dio­cèse de Paris le 27 mars 1948 à l’âge de 31 ans, le P. Alain Pon­sar est d’abord envoyé en tant que vicaire à St-Séverin-St-Nicolas (5e). Il est ensuite nommé curé de cette paroisse, où il a notam­ment fait ins­tal­ler les célèbres vitraux modernes. En 1967, il reçoit la charge de curé de Ste-Odile (17e) puis en 1972 de doyen du 17e arrondissement.

Au cours de son minis­tère, le P. Alain Pon­sar a beau­coup œuvré pour l’évangélisation par l’art. C’est ainsi qu’en 1967, il a fondé l’association des Com­mu­nau­tés d’accueil dans les sites artis­tiques (CASA) avec, pour objec­tif, de mettre à la dis­po­si­tion des visi­teurs des édifices reli­gieux des guides qui leur per­mettent « la décou­verte du lan­gage qui y est contenu ». Il a notam­ment implanté CASA au sein de Notre-Dame de Paris et publié le livre Notre-Dame de Paris, le mys­tère dévoilé (éd. Le Centurion).

En 1976, il a été nommé res­pon­sable de la pas­to­rale du tou­risme et loi­sirs, puis en 1984, délé­gué de l’Archevêque à la Com­mis­sion d’art sacré, dont l’objectif est de favo­ri­ser la dimen­sion his­to­rique, esthé­tique et sym­bo­lique de la vie ecclé­siale, aussi bien pour sou­te­nir les croyants dans leur démarche spi­ri­tuelle que pour contri­buer à l’évangélisation. Le P. Pon­sar avait pris sa retraite en 1990. 

Pourquoi CASA ?

En Europe, les églises et monastères, ouverts à tous et d’accès souvent gratuit, sont des édifices fréquemment visités. Témoins de la foi et du savoir-faire de leurs bâtisseurs, ils sont porteurs d’images et de symboles, éloquents pour leurs contemporains, mais qui ont aujourd’hui besoin d’être redécouverts.

L’association CASA (Communautés d’Accueil dans les Sites Artistiques) regroupe des bénévoles âgés de 18 à 35 ans qui accueillent tout l’été les visiteurs dans une vingtaine de sites artistiques religieux en France. Des communautés internationales viennent également renforcer, l’été, le groupe de bénévoles de tous âges présents toute l’année à Notre-Dame de Paris.

L’objectif de notre association est de permettre aux touristes de découvrir les aspects historiques, les qualités artistiques, mais aussi la dimension spirituelle du monument, en offrant un accueil privilégié, basé sur le dialogue et le partage avec le visiteur.

Les fondements de CASA ont été posés en 1967 par le père Alain Ponsar, qui, dix ans plus tard, précisera dans une lettre la philosophie de CASA :

Les pierres peuvent-elles crier la Foi ?

Si l’on examine les conditions dans lesquelles se sont bâtis les « hauts lieux » de la chrétienté, les motivations sous-jacentes à la décision de leur construction, force est de reconnaître qu’elles n’ont pas été suscitées que par la Foi désintéressée.

Beaucoup de facteurs humains ont présidé à leur mise en œuvre : attirer des foules susceptibles de donner de l’argent, émulation entre clercs et laïcs ou même entre évêques voulant faire plus grand, plus beau, plus riche que le voisin par volonté de prestige et de puissance…

Du point de vue de la Foi même, on pourrait aussi se demander si une spiritualité de la crainte n’a pas été consciemment développée pour attirer les dons des fidèles soucieux d’investir ainsi une assurance sur l’au-delà, par le truchement de donations ou de legs, sans lesquels rien n’aurait pu être réalisé des édifices de pierre qui demeurent aujourd’hui. Il serait pourtant parfaitement faux d’éliminer toute motivation spirituelle ou religieuse à l’éclosion de notre patrimoine religieux et artistique.

La Foi n’a pas été la seule force qui a fait jaillir tant de beauté mais elle a été un des facteurs essentiels qui leur a fait prendre corps, consistance. Et c’est cela que l’Eglise doit faire sentir aux pèlerins et aux touristes d’aujourd’hui, qu’ils partagent ou non sa foi. Il s’agit là d’une question de fidélité à ce qui nous a été transmis. (…)

La plupart du temps, le touriste se trouve dans la condition du serviteur de la Reine d’Ethiopie lisant Isaïe sans le comprendre, parce que, dit-il, il n’a pas de guide (Actes VIII, 26-40). Il faut ici quelqu’un qui joue le rôle du diacre Philippe, ouvrant l’intelligence et le cœur du visiteur à la Parole vivante de Dieu. Il faut un guide. Mieux, un guide intégré dans une communauté qui se réclame de la même foi que les constructeurs.

Alors la rencontre avec le touriste, quel qu’il soit, devient possible. (…)

Si la communauté de guides CASA se présente comme une communauté chrétienne, il n’est pas nécessaire que tous les membres partagent la foi au Christ. Cette ouverture est pour elle un gage d’authenticité. Elle sera moins tentée d’accaparer le monument si elle est critiquée du dedans. Ce qui est demandé aux membres de la communauté, c’est d’être unanimes dans la communion à la beauté du monument, à son sens, à la découverte du langage qui y est contenu.

Ce qui suppose que, croyants ou non, tous soient respectueux et informés des sources qui ont été utilisées pour lui faire dire quelque chose. A nous lire, on pourra croire qu’il est singulièrement difficile d’être guide d’un monument religieux, si ce service demande une telle somme de connaissances, un tel esprit critique, une telle ouverture aux temps, aux mentalités et finalement aux personnes.

Je pense qu’il est en effet difficile d’être un bon guide et la fidélité de beaucoup de membres de CASA à ce qu’on peut appeler leur « vocation», en est une sorte de preuve. S’ils restent dans l’association, c’est qu’ils ont conscience, non seulement de l’intérêt de ce qu’ils font, mais aussi de la complexité d’une approche qui n’a jamais fini d’être inventoriée, définie et finalement assumée. 

Père Alain Ponsar
Fondateur de l’association CASA
Extraits d’une lettre, 1977