Pourquoi CASA ?

Les pierres peuvent-elles crier la Foi ?

Si l’on exa­mine les condi­tions dans les­quelles se sont bâtis les « hauts lieux » de la chré­tien­té, les moti­va­tions sous-jacentes à la déci­sion de leur construc­tion, force est de recon­naître qu’elles n’ont pas été sus­ci­tées que par la Foi dés­in­té­res­sée.

Beau­coup de fac­teurs humains ont pré­si­dé à leur mise en œuvre : atti­rer des foules sus­cep­tibles de don­ner de l’argent, ému­la­tion entre clercs et laïcs ou même entre évêques vou­lant faire plus grand, plus beau, plus riche que le voi­sin par volon­té de pres­tige et de puis­sance…

Du point de vue de la Foi même, on pour­rait aus­si se deman­der si une spi­ri­tua­li­té de la crainte n’a pas été consciem­ment déve­lop­pée pour atti­rer les dons des fidèles sou­cieux d’investir ain­si une assu­rance sur l’au-delà, par le tru­che­ment de dona­tions ou de legs, sans les­quels rien n’aurait pu être réa­li­sé des édi­fices de pierre qui demeurent aujourd’hui. Il serait pour­tant par­fai­te­ment faux d’éliminer toute moti­va­tion spi­ri­tuelle ou reli­gieuse à l’éclosion de notre patri­moine reli­gieux et artis­tique.

La Foi n’a pas été la seule force qui a fait jaillir tant de beau­té mais elle a été un des fac­teurs essen­tiels qui leur a fait prendre corps, consis­tance. Et c’est cela que l’Eglise doit faire sen­tir aux pèle­rins et aux tou­ristes d’aujourd’hui, qu’ils par­tagent ou non sa foi. Il s’agit là d’une ques­tion de fidé­li­té à ce qui nous a été trans­mis. (…)

La plu­part du temps, le tou­riste se trouve dans la condi­tion du ser­vi­teur de la Reine d’Ethiopie lisant Isaïe sans le com­prendre, parce que, dit-il, il n’a pas de guide (Actes VIII, 26–40). Il faut ici quelqu’un qui joue le rôle du diacre Phi­lippe, ouvrant l’intelligence et le cœur du visi­teur à la Parole vivante de Dieu. Il faut un guide. Mieux, un guide inté­gré dans une com­mu­nau­té qui se réclame de la même foi que les construc­teurs.

Alors la ren­contre avec le tou­riste, quel qu’il soit, devient pos­sible. (…)

Si la com­mu­nau­té de guides CASA se pré­sente comme une com­mu­nau­té chré­tienne, il n’est pas néces­saire que tous les membres par­tagent la foi au Christ. Cette ouver­ture est pour elle un gage d’authenticité. Elle sera moins ten­tée d’accaparer le monu­ment si elle est cri­ti­quée du dedans. Ce qui est deman­dé aux membres de la com­mu­nau­té, c’est d’être una­nimes dans la com­mu­nion à la beau­té du monu­ment, à son sens, à la décou­verte du lan­gage qui y est conte­nu.

Ce qui sup­pose que, croyants ou non, tous soient res­pec­tueux et infor­més des sources qui ont été uti­li­sées pour lui faire dire quelque chose. A nous lire, on pour­ra croire qu’il est sin­gu­liè­re­ment dif­fi­cile d’être guide d’un monu­ment reli­gieux, si ce ser­vice demande une telle somme de connais­sances, un tel esprit cri­tique, une telle ouver­ture aux temps, aux men­ta­li­tés et fina­le­ment aux per­sonnes.

Je pense qu’il est en effet dif­fi­cile d’être un bon guide et la fidé­li­té de beau­coup de membres de CASA à ce qu’on peut appe­ler leur « voca­tion », en est une sorte de preuve. S’ils res­tent dans l’association, c’est qu’ils ont conscience, non seule­ment de l’intérêt de ce qu’ils font, mais aus­si de la com­plexi­té d’une approche qui n’a jamais fini d’être inven­to­riée, défi­nie et fina­le­ment assu­mée.         

Père Alain Pon­sar
Fon­da­teur de l’association CASA
Extraits d’une lettre, 1977