Le vitrail

Le vitrail : Dieu accueille en Sa Mai­son

Le vitrail est une com­po­si­tion de verres, colo­rés dans la masse et peints, enchâs­sés dans un réseau de plomb, le tout main­te­nu ver­ti­cal par une arma­ture métal­lique qui a pour rôle de clore un édi­fice et d’en per­mettre l’é­clai­rage.

Cette défi­ni­tion fait abs­trac­tion des dimen­sions ico­no­gra­phiques et sym­bo­liques du vitrail, or cet art est presque exclu­si­ve­ment reli­gieux. Ces deux com­po­santes font du vitrail une œuvre fas­ci­nante, sou­vent riche d’en­sei­gne­ments, qui dans son ensemble, crée, en har­mo­nie avec l’é­di­fice dans sa tota­li­té (archi­tec­ture, volumes, sculp­tures, pein­tures), un espace de lumière recom­po­sée, propre à chaque édi­fice, pour atteindre l’a­po­gée du sym­bo­lisme : « DIEU EST LUMIERE ».

La domes­ti­ca­tion de la lumière par le vitrail fut et est une pré­oc­cu­pa­tion per­ma­nente des bâtis­seurs. L’ex­pres­sion qui en est faite au niveau du vitrail au cours des siècles, tra­duit l’é­vo­lu­tion des tech­niques dans la maî­trise du verre et des construc­tions, l’é­vo­lu­tion des men­ta­li­tés, des idéo­lo­gies.

Cepen­dant, le jeu de la lumière avec le vitrail n’est pas immuable. Bon nombre des vitraux anciens sont cor­ro­dés et ont per­du la trans­lu­ci­di­té, essen­tielle à leur rôle, leur pou­voir, par suite de l’ex­po­si­tion pro­lon­gée aux agents agres­sifs comme l’eau et divers oxydes qui attaquent le verre, la pein­ture ain­si que les sup­ports : plomb et fers de sou­tien.

Abor­dons main­te­nant quelques aspects de cet art de la lumière.

1. Tech­nique du vitrail

Le Sche­du­la Diver­sa­rum Artium, écrit au début du XIIème siècle par le moine alle­mand Théo­phile, consacre son deuxième livre à l’art du vitrail, il reste un docu­ment pré­cieux pour l’é­tude des tech­niques rela­tives aux vitraux car les prin­cipes fon­da­men­taux ont peu évo­lué depuis

1.1 Fabri­ca­tion du verre

Le verre est le pro­duit obte­nu par fusion à envi­ron 1500°C d’un mélange au 13 de silice (sable) et aux 23 de sels de sodium ou de potas­sium (cendres végé­tales) qui agissent comme fon­dants.

La colo­ra­tion du verre dans la masse est obte­nue par adjonc­tion à ce mélange de faibles quan­ti­tés d’oxydes métal­liques : (cobalt : bleu-vio­let ; cuivre et cobalt : bleu-vert ; cuivre : rouge ; cuivre et fer : vert ; man­ga­nèse : vio­let ; fer : jaune…). L’in­ten­si­té, la nuance de la colo­ra­tion finale est fonc­tion des condi­tions de l’o­pé­ra­tion : tem­pé­ra­ture et durée de cuis­son, atmo­sphère oxy­dante ou réduc­trice du milieu.

Le tra­vail du verre peut se faire sui­vant deux méthodes :

  • Pre­mière méthode : en cylindre ou en man­chon

Le ver­rier cueille dans le four au moyen d’une canne creuse une boule de pâte de verre ou parai­son. Celle-ci est souf­flée puis mode­lée en forme de bou­teille sur un bloc de marbre concave jus­qu’à l’ob­ten­tion d’un man­chon. Aux dimen­sions requises, il est déta­ché de la canne, cou­pé dans sa hau­teur et éten­du. On obtient une feuille de verre de 0,5 m de sur­face et de 2 à 3 mm d’é­pais­seur.

  • Deuxième méthode : tech­nique du pla­teau ou cives

La parai­son est souf­flée en forme de sphère, puis elle est reprise par une tige de fer plus large, le pon­til. Par un mou­ve­ment de rota­tion rapide du pon­til la sphère s’ouvre en corolle et s’a­pla­tit en disque. Cette pra­tique a été rapi­de­ment aban­don­née car peu ren­table, de plus elle donne des verres irré­gu­liers dans leur épais­seur et colo­ra­tion.

1.2 Genèse du vitrail

Le verre n’é­tant ni exten­sible ni com­pres­sible, le ver­rier se doit de connaître exac­te­ment les dimen­sions et par­ti­cu­la­ri­tés du site d’im­plan­ta­tion du vitrail, des sys­tèmes de fixa­tion etc. À par­tir de ces don­nées, il réa­lise une maquette au 110e du vitrail, puis en des­sine le car­ton : gran­deur réelle, sur laquelle figurent les réseaux de plomb, les bor­dures, le des­sin. Ce modèle ser­vait de tra­cé pour la découpe des verres, plus tard il fut repris par calque et pré­pa­ré en calibres numé­ro­tés et codés en fonc­tion de la posi­tion et de la cou­leur des élé­ments. La découpe du verre est effec­tuée jus­qu’au XIVème siècle à la pointe de fer rouge, ensuite au dia­mant, les contours sont affi­nés au gru­geoir. La pein­ture du verre consiste à appli­quer par trans­pa­rence sur les verres pro­vi­soi­re­ment mis en plomb, une pein­ture mono­chrome (mar­ron-noire) : la gri­saille. Il s’a­git d’oxydes de fer et de cuivre mélan­gés à des fon­dants : débris de verre pul­vé­ri­sés ou fritte, et à un liant : mélange de gomme ara­bique et de vinaigre. Cette pein­ture pré­sente trois valeurs :

> le trait : épais et conti­nu, il sou­ligne les dra­pés, les traits du visage.
> le lavis : dilué et éta­lé lar­ge­ment au pin­ceau pour obte­nir les ombres et mode­lés, en sont dis­pen­sées les
   régions où la lumière doit être écla­tante.
> la demi-teinte : elle per­met des ombres plus sou­te­nues, autour des yeux et du nez par exemple.

Enfin, la tech­nique de « l’en­le­vé », consiste à grat­ter la gri­saille avec une pointe dure, et per­met de faire appa­raître le des­sin des che­veux et de la barbe. Les verres peints sont cuits à nou­veau (600°- 650° C) de sorte que la pein­ture pénètre dans le verre ramol­li et s’y fixe de façon indé­lé­bile.

À la fin du XIIIème, à la gri­saille s’a­joute une autre cou­leur : le jaune d’argent. Il s’a­git d’une tein­ture dépo­sée au pin­ceau et incor­po­rée au verre par recuis­son. Elle donne des cou­leurs jaunes plus ou moins nuan­cées sui­vant la cou­leur du verre sur lequel elle est appli­quée.

De même à la fin du XVème, la san­guine (oxyde de fer et fon­dants) fut uti­li­sée pour les demi-tons, les cou­leurs claires. Dès le XVIème, l’emploi des émaux vitri­fiables enri­chit la palette du peintre-ver­rier, ce qui lui per­met d’ob­te­nir des cou­leurs dif­fé­rentes sur un même verre sans néces­si­ter de plom­bages.

D’autres pra­tiques comme la gra­vure des verres dou­blés (deux ou plu­sieurs couches de verre suc­ces­sives de cou­leurs dif­fé­rentes) ont per­mis l’ex­ten­sion des effets de cou­leurs. La mise en plomb consiste en l’as­sem­blage défi­ni­tif des mor­ceaux de verre par l’in­ter­mé­diaire de baguettes de plomb en forme de H cou­ché.

Le verre est encas­tré dans les « ailes » de la baguette. Ce tra­vail est réa­li­sé par pan­neaux en sui­vant le tra­cé du car­ton. Les baguettes sont sou­dées et toute la résille de plomb est mas­ti­quée pour assu­rer l’é­tan­chéi­té de la com­po­si­tion. La dimen­sion des ver­rières, le poids des vitraux imposent une divi­sion ver­ti­cale et hori­zon­tale de la sur­face déli­mi­tant les pan­neaux.

- un par­tage ortho­go­nal, per­met des com­po­si­tions d’en­semble occu­pant toute la sur­face (elles sont sou­vent pla­cées dans les fenêtres hautes où elles res­tent lisibles depuis le bas), ou encore une suc­ces­sion de pan­neaux indé­pen­dants, rela­tant cha­cun un épi­sode d’une his­toire.

- le par­tage peut se faire par des arma­tures for­gées qui déli­mitent des médaillons, losanges, qua­dri­lobes etc.