Vitraux et Sites CASA

Promenade à travers les vitraux des sites Casa

Notre chance, c’est la diversité et la richesse de nos sites. Ils illustrent parfaitement toute une évolution de l’art sacré. Nous avons choisi de développer le vitrail, mais bien d’autres thèmes auraient pu être choisis…

Lorsqu’on parle de vitrail, les gens ont immédiatement à l’esprit les verrières des cathédrales gothiques. C’est oublier un peu vite le moine Théophile. Celui-ci consacre le deuxième livre de son Schedula diversarum artium au travail et à la peinture sur verre. Il ne transcrit pas des recherches, mais des recettes déjà bien appliquées dont les principes fondamentaux n’ont guère évolué depuis. Or, Théophile écrit à la fin du XIe siècle ! Il ne reste, certes, que peu de vestiges de cette période.

À travers le temps, le travail a pris des aspects très divers selon les compositions et les techniques.

La forme et la taille des ouvertures (par conséquent des verrières qui les ferment) sont intimement liées aux modes de construction des édifices religieux. Les murs romans, qui portent les voûtes, empêchent de percer de nombreuses et grandes ouvertures. L’art du vitrail, par son ciselé et sa précision, a souvent été comparé à celui de l’orfèvre. Ainsi, à Bourges, au vitrail de l’Annonciation et de l’Adoration des Mages (vers 1160), la technique de l’enlevé (grattage de la grisaille) donne aux parements des vêtements une impression de raffinement. La gamme colorée du XIIe est assez restreinte. Elle se compose du bleu et du rouge qui alternent pour les fonds, du vert, du pourpre et du jaune.

De par sa matière, le vitrail a une signification symbolique : le verre qui laisse passer et renvoie la lumière est alors considéré comme une preuve tangible de la présence de Dieu, une lumière transcendée selon l’expression de Suger. L’iconographie présente un programme fort élaboré.

Rejetant toute forme de richesses dans ses lieux de culte, saint Bernard va proscrire l’utilisation des couleurs et des figures dans les vitraux. Les anciens sites CASA de Flaran et Villers pourraient, à eux seuls, illustrer notre propos, mais c’est encore plus net dans le cas d’Aubazine. Les vitraux d’origine, caractéristiques de cette esthétique ont été conservés. Grisailles, entrelacs, dessins géométriques sont un véritable éloge de l’abstraction !

Ces vitraux incolores se sont également développés dans les églises étrangères à l’ordre. Y a-t-il eu des vitraux à Vézelay ? Question qui fait encore couler beaucoup d’encre…

L’architecture gothique et ses innovations en matière de voûtes permettent un agrandissement des fenêtres. Cela permet la mise en place de vastes programmes répondant à la pensée théologique d’alors. Ainsi à Bourges, à Laon, les thèmes majeurs de la doctrine chrétienne sont développés : la vie du Christ, de la Vierge, la légende des Saints, des récits tirés de la Bible (le Bon Samaritain…), la légende du diacre Théophile…

Au pignon des façades occidentales et des transepts s’ouvrent de grandes roses. De vastes compositions s’y développent, illustrant de grands thèmes encyclopédiques (Arts libéraux à Laon, Zodiaque à Paris…).

Par rapport au XIIème siècle, le décor s’appauvrit, la taille des verres s’accroît…

Au XIVème siècle, le verre « blanc » clair et transparent gagne du terrain. Le jaune d’argent est introduit. L’iconographie est empreinte de tristesse, elle exprime la douleur et la détresse (calvaire, Vierge de l’Intercession…). Dans les premières décennies du XVème, le vitrail continue de s’éclaircir. L’essor du mécénat transforme le code iconographique. Les donateurs jusqu’alors représentés en prière ou dans l’exercice de leur activité, au bas d’une verrière, choisissent maintenant d’occuper l’ensemble. C’est également à cette époque que la sanguine apparaît. Elle est surtout utilisée pour rendre la carnation des visages. Les guerres de religion et les difficultés économiques qui les accompagnent entraînent l’arrêt des commandes de vitraux monumentaux. Les dispositions post-tridentines excluent le vitrail de couleur, les formes historiées (sources de superstition et suspectées de paganisme). On détruit massivement les verrières anciennes pour mieux éclairer les nouveaux aménagements liturgiques du sanctuaire. Le XIXème et sa « redécouverte » du Moyen-Age profite au vitrail : on restaure de nombreuses verrières anciennes, on produit des pastiches… La production du vitrail, stoppée par la première guerre mondiale, reprend après 1920. Après la guerre, le Père Couturier reprend la décoration de la chapelle de Notre-Dame-de-Toute-Grâce, au Plateau d’Assy. De nombreux peintres tels Rouault, Bazaine, Chagall apportent leur contribution.

Nous sommes loin d’avoir fait le tour du sujet. À vous, lors des communautés, de compléter et d’approfondir cette promenade…

Patricia Müller