Le vitrail

2. Élé­ments d’i­co­no­gra­phie et sym­bo­lisme

L’i­co­no­gra­phie du vitrail au Moyen-Age, comme la sculp­ture, puise ses sources dans la pen­sée médié­vale, toute tour­née vers la recherche de Dieu. Plu­tôt que d’im­po­ser nos caté­go­ries aux idées du Moyen-Age, emprun­tons notre plan d’é­tude à la plus vaste ency­clo­pé­die du XIIIe siècle : le Spe­cu­lum Majus de Vincent de Beau­vais.

Le plan répar­tit l’en­semble des connais­sances humaines en quatre « miroirs » :

Le miroir de la NATURE : il décrit la créa­tion : les élé­ments, les végé­taux, les ani­maux et l’homme, d’où les repré­sen­ta­tions.

Le miroir de la SCIENCE : il com­mence par le récit de la chute d’A­dam et Eve. L’homme déchu ne peut attendre son salut que d’un rédemp­teur, mais il peut de lui-même cher­cher à se rele­ver par son tra­vail. Ceci s’ex­prime par la repré­sen­ta­tion des tra­vaux des mois, asso­ciés aux signes du Zodiaque, des fêtes qui marquent les seuls jours de repos, d’où éga­le­ment la repré­sen­ta­tion des sciences décou­vertes : les sept arts libé­raux, ensemble des connais­sances que l’homme peut acqué­rir en dehors de la Bible soit : gram­maire, rhé­to­rique, dia­lec­tique qui consti­tuent le tri­vium ; l’as­tro­no­mie, géo­mé­trie, arith­mé­tique et musique forment le qua­dri­vium, la phi­lo­so­phie trône au-des­sus de ces sciences (ex : Laon).

Le miroir MORAL : il pro­pose les moyens d’ar­ri­ver à la rédemp­tion, repré­sen­té par l’op­po­si­tion des vices et des ver­tus, par la foi ren­ver­sant l’i­do­lâ­trie…

Le miroir HIST0RIQUE : il a pour objet de mon­trer le côté pénible du che­min de la rédemp­tion et s’ins­pire des livres sacrés à l’ex­cep­tion de la créa­tion.

- l’An­cien Tes­ta­ment pré­sen­té comme une vaste figure du Nou­veau. Ex. : l’arbre de Jes­sé.

- les Évan­giles, mais presque tou­jours les mêmes scènes : enfance et pas­sion du Christ ; peu de choses sur la vie publique et en par­ti­cu­lier les miracles.

- l’his­toire des Saints et des Apôtres, la Vierge. Un ouvrage com­plé­men­taire, source d’ins­pi­ra­tion est à citer : la Légende Dorée de Jacques de Vora­gine.

- l’an­ti­qui­té et l’his­toire pro­fane.

- l’A­po­ca­lypse et le Juge­ment Der­nier.

Si les thèmes évo­qués plus haut ont ins­pi­ré la sculp­ture, le gra­phisme du vitrail est influen­cé par l’en­lu­mi­nure, l’or­fè­vre­rie. Néan­moins, la par­ti­cu­la­ri­té du vitrail réside dans la jux­ta­po­si­tion de cou­leurs tra­ver­sées par la lumière.

À ce pro­gramme ico­no­gra­phique est asso­ciée une sym­bo­lique des cou­leurs, par exemple :

  • le bleu est le reflet du royaume céleste et incarne l’in­no­cence, la chas­te­té, la séré­ni­té.
  • le rouge signe l’al­liance par le sang et sym­bo­lise l’a­mour de Dieu, la souf­france des mar­tyrs. Il est lar­ge­ment uti­li­sé dans les cru­ci­fixions.
  • le vert marque la fraî­cheur d’âme, l’hu­mi­li­té.

 

3. Évo­lu­tion du vitrail : quelques points de repère

Avant le XIIème : il reste peu de ves­tiges ; on peut citer le vitrail de Wis­sem­bourg. La tech­nique est déjà bien avan­cée.

Au XIIème : Art roman : fenêtres à petits médaillons et bor­dure déve­lop­pée ; le tra­vail est pré­cieux, cise­lé, ins­pi­ré de l’or­fè­vre­rie, le des­sin est éner­gique à l’i­mage des sculp­tures, les cou­leurs sont rela­ti­ve­ment claires (fonds bleus). L’i­co­no­gra­phie est sur­tout his­to­rique. Paral­lè­le­ment, on trouve des ver­rières dépouillées de toutes orne­men­ta­tions appe­lées éga­le­ment gri­sailles (règle de Saint Ber­nard).

Au XIIIème : La nais­sance de l’art gothique qui aug­mente le nombre de fenêtres et les agran­dit, accroît la demande. Il en résulte un style moins raf­fi­né, où la bor­dure s’a­me­nuise puis dis­pa­raît. Les scènes sont repré­sen­tées en grande échelle, les formes se diver­si­fient en par­ti­cu­lier les grandes roses. L’i­co­no­gra­phie est plus variée et puise ses sources de l’his­toire, de la nature et des sciences.

Au XIVème : Mar­qué par la guerre de cent ans, ce siècle four­nit moins de vitraux, mais il intro­duit le jaune d’argent. L’i­co­no­gra­phie, triste, exprime la dou­leur et la détresse sou­vent repré­sen­tée par le cal­vaire, la Vierge d’in­ter­ces­sion.

Au XVème : La Renais­sance s’an­nonce par le raf­fi­ne­ment et la déli­ca­tesse. La pers­pec­tive appa­raît dans un décor archi­tec­tu­ral. La san­guine com­mence à être uti­li­sée. L’i­co­no­gra­phie fait appa­raître les dona­teurs par corps de métier ou famille.

Au XVIème : Un renou­veau impor­tant dû à la demande a com­men­cé à la fin du XVème en reve­nant aux cou­leurs vives avec la tech­nique des verres pla­qués et gra­vés, de l’é­maillage, dans le désir d’i­mi­ter la pein­ture. Par cette tech­nique cer­tains consi­dèrent que le vitrail est mort. Des pay­sages et ani­ma­tions se des­sinent en fond d’im­menses scènes pour une seule fenêtre, sou­vent entou­rés de phy­lac­tères. On iden­ti­fie des écoles régio­nales. Les auteurs ne sont plus ano­nymes (ex. les Le Prince). Cet élan est inter­rom­pu par les guerres de reli­gion.

Au XVIIème : Une recherche nou­velle de la lumière laisse voir quelques pan­neaux déco­rés au milieu de gri­saille. La néces­si­té péda­go­gique s’es­tompe, par ailleurs la Contre-Réforme est hos­tile aux formes his­to­riées, sources de super­sti­tion, sus­pec­tées de paga­nisme. On assiste dès lors à une des­truc­tion impor­tante de ver­rières anciennes.

Au XVIIIème : Peu de vitraux sont réa­li­sés, par contre beau­coup sont détruits pour remettre les églises au goût du jour ou pour enle­ver toute trace de reli­gion pen­dant la révo­lu­tion fran­çaise.

Au XIXème : À cette époque, l’in­té­rêt pour le Moyen-Âge incite à de nom­breuses res­tau­ra­tions des ver­rières anciennes ou sim­ple­ment à la pro­duc­tion de pas­tiches.

Au XXème : Ce siècle connaît un renou­veau du vitrail qui reprend les tech­niques de verres tein­tés dans la masse, à la recherche d’une har­mo­nie des cou­leurs jus­qu’à l’art abs­trait. Une nou­velle tech­nique prend forme : la dalle de verre. Contri­bu­tion impor­tante des peintres à ce tra­vail ; quatre noms par­mi d’autres : Chi­got, Bazaine, Ingrand, Cha­gall.

 

Gene­viève Leur­quin-Tho­mas
CASAin­fo n°2 – Octobre 1985

 

Loin d’a­voir abor­dé toutes les par­ti­cu­la­ri­tés de l’art du vitrail, pour com­plé­ment d’in­for­ma­tions, voi­ci quelques réfé­rences d’ou­vrages consul­tés et à consul­ter :
GRODECKI L. : Le Vitrail Roman (1977), Office du livre, Ed. Vilo, Paris.
ROLLET J. : Les Maîtres de la Lumière (1980), Ed. Bor­das, Paris.
GANDIOL COPPIN B. : Le Vitrail Roman (1984), Archeo­lo­gia n°187.
La Revue des Monu­ments His­to­riques de la France, Les Vitraux (1977).
BETTEMBOURG J.M. : La dégra­da­tion des vitraux, revue du Palais de la Décou­verte 6 n° 53 (1977).
MALE E. : L’Art Reli­gieux du XIIIe en France, Ed. Colin.